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Envie de poisson

6h30 : 3 collants, 4 pulls, doudoune fermée, mains gantées et bonnet vissé sur la tête, j’arrive au port...
Objectif : Reportage-photo en pleine mer pour aborder la pêche à Sainte-Maxime et ses pêcheurs. Immersion totale.
Je vois Florent, pêcheur Maximois, qui n’a pas pu caler ses filets la veille. Peu importe, il nous propose une petite pêche aux oursins en échange.
Je vois Gérard, photographe Maximois - auteur du livre Sainte-Maxime, Nuances et Lumière -, qui trépigne en attendant Louis, autre pêcheur Maximois, qui a calé la veille au soir et qui n’est pas du matin...
Gérard s’impatiente. Le soleil va se lever et on va rater la photo parfaite avec la lumière parfaite...
Et Frédéric, policier municipal de fonction, qui nous attend dans le zodiac de la PM pour notre escapade « poissonnesque » dans le golfe de Saint-Tropez. Et oui on ne tient pas à 3 dans un pointu.
6h45... 6h58... 7h09... 7h17...
Après 4 coups de téléphone, 6 énervements et 10 « Ha, c’est lui », Louis arrive ! Nous salue et nous annonce fraîchement : « Je vais prendre un petit café ». Le ton est donné !
Nous filons avec Gérard, retrouver Frédéric, qui nous attend depuis plus d’une heure pour un embarquement immédiat.
Et vogue la galère !

 Départ

Embarqués sur le zodiac, nous fendons la mer pour nous diriger vers la pointe des Sardinaux afin d’attraper les premières lumières du jour. Frédéric, source inépuisable d’informations sur la mer, nous parle d’environnement, de protection des fonds marins, de la faune et de la flore maritimes du Golfe, des anecdotes sur des plaisanciers, des dauphins, des tortues, de l’Observatoire marin, des droits et obligations des pêcheurs, des interventions policières en mer...
Et là... d’un coup... cette pointe de feu qui prend vie sur la ligne d’horizon. Ce morceau de mer qui s’échappe pour s’envoler vers le ciel... Cette boule orange qui se forme et déploie ses rayons pour mieux s’évader... Rouge, orange, jaune et hop ! En 30 secondes vous avez vu naître un astre...
Fini les étoiles, cette rencontre du 3ème type nous rappelle que nous avons des poissons sur le feu.
Retour vers Louis, son pointu et sa pêche miraculeuse.

 Lever des filets

Pas si miraculeuse d’ailleurs.
Déjà 300 mètres de filets remontés (sur 1000) et on ne compte que quelques arrêtes.
« Tout dépend de la météo, des courants, des périodes de l’année, du temps de calage... » précise-t-il en sifflant sur un air qui passe à la radio. Tiens une araignée de mer !
« On pêche toutes sortes de poissons ici, en masse selon les périodes de l’année. Rouget, mulet, daurade, loup, cigale de mer, rouquier, araignée, sar, saran, poulpe, rascasse, saint-pierre... »
On passe le cap des 600 mètres, et la cagette se remplit doucement. Et voilà une daurade qui frétille !
Ce n’est pas aujourd’hui qu’on fera déborder l’étal mais quelques pièces suffisent pour préparer une soupe.
Un constat pour certains de nos pêcheurs des changements environnementaux.
 « Nous sommes les premiers acteurs à constater la diminution de certaines espèces ou la multiplication d’algues. Nous évoluons dans un milieu surveillé et protégé avec une volonté de nos institutions de protéger notre mer et ses ressources. Mais ça ne veut pas dire que nous ne sommes pas exposés à une pollution maritime même temporaire. Nous travaillons tous les jours à lutter contre celle-ci et d’autant plus d’avril à septembre avec la présence des nombreux estivants et plaisanciers. Nous y participons à notre échelle en retirant les déchets que nous trouvons, souvent ramenés par les vents et les courants ou directement jetés des bateaux. Nous signalons aussi aux autorités un animal protégé en difficulté ou mort... » explique Louis, pêcheur engagé du haut de son pointu. Dernière maille, dernier poisson. Une cagette à moitié remplie qui ne veut pas dire que demain les pains ne seront pas multipliés.
Et Florent, sur son bateau, qui a enfilé sa combinaison pour nous emmener pêcher les oursins.
On ne perd pas le rythme...

P êche aux oursins

Combi enfilée, palmes chaussées, mains gantées et tuba presque embouché... « La pêche aux oursins, c’est pendant 5 mois donc j’en profite quand je n’ai pas eu le temps de caler la veille ou plus généralement en fin de semaine pour les gourmands du week-end ». Florent se jette à l’eau avec filet et grappin pour une descente en apnée. Et hop, disparu, englouti par les eaux.
Petit problème de maths : Si Florent prend à chaque apnée une poignée d’oursins, qu’une apnée dure en moyenne 2,5 minutes avec 1 minute de reprise, qu’un oursin mesure en moyenne 10 cm, et qu’un filet fait 40cm de large sur 80cm de haut, combien d’oursins aura-t-il pris au bout de 30 minutes ?
Réponse : ça dépend... du nombre d’oursins présents dans l’eau, du froid qui vous prend progressivement et même avec une combinaison, du temps, du courant, de la motivation du pêcheur, de toutes les moyennes soulevées précédemment...
En attendant, la pêche est réglementée : elle se fait du 1er novembre au 15 avril avec, 4 douzaines par pêcheur et par jour pour la pêche a pied ou sous-marine en partant de la côte et 4 douzaines par personne et par jour avec un maxi de 10 douzaines pour la pêche a partir d'un bateau. La taille minimale de capture autorisée est de 5cm de diamètre sans les piquants.
Pour plus d’information, consultez le site du Gouvernement :
http://www.var.gouv.fr/peches-de-loisir-et-chasse-sous-a1231.html, partie période et quantité pour certaines espèces.
Florent a terminé sa récolte. Après avoir contemplé nos belles amies les étoiles de mer, il remonte fièrement pour nous présenter son filet, tel Ploutos (dieu grec de la richesse) et sa corne d’abondance.
En route vers le port.
C’est la fin d’une belle promenade sur la grande bleue avec ces loups de mer.

 Retour à quai

Pas évident d’avoir une conversation avec ces passionnés quand l’un est sur son pointu avec sa radio en train de remonter ses filets et décortiquer son poisson tandis que l’autre barbote en combinaison sous l’eau pour courir ses piquants. Redescendu sur terre, y’a du monde à l’étal.
« Beaucoup d’habitués », me précise Florent. « Une population de gourmands qui connaît nos horaires et qui souhaite manger frais sans passer par la case distributeur.» « Leurs poissons sentent la mer et ont l’œil vif. Pas d’intermédiaire, on sait ce qu’on mange, d’où ça vient et de quand ça date » m’indique un gourmet acheteur du moment.
« Nous travaillons aussi avec les restaurateurs de Sainte-Maxime qui nous commandent des oursins selon la période ou des poissons pour la soupe. »
Louis a fini de piler la glace, l’étal est prêt.

 Pourquoi une vie de pêcheur ?

Florent vient de Camargue où il pêchait déjà. Il est venu s’installer dans le Golfe il y a déjà quelques années et continue depuis la récolte méditerranéenne.
Louis était dans le commerce du poisson au Canada avant de jeter ses filets à Sainte-Maxime, il y a plus de 15 ans. « On y vient par plaisir et par envie. Un métier dur, oui, mais oh combien passionnant. Et quelle aventure, loin d’être enfermé derrière un bureau toute une journée entière. », m’indique Louis, le clin d’œil rieur. « Solitaire oui mais pas pleine de solitude. Y’a du monde avec nous et sous nous. Et puis la mer... » La phrase se perd.
Florent m’offre un oursin.
Une coque piquante avec une petite étoile de graines rouges (palette du brun au rouge) à l’intérieur.
Il est 9h55.
Jamais mangé, je me lance.
« Tu vas voir, c’est fortement iodé mais ça a un goût de noisette. Soit on aime, soit on n’aime pas » me dit Florent.
...
Renversant, une explosion d’eau de mer avec cette petite pointe sucrée au goût de noisette... J’ADORE !
Florent vend encore une douzaine d’oursins alors que du côté de Louis, tout est déjà parti.
« Faut essayer la daurade en tartare avec juste une pointe de piment, une pincée de sel et un peu de citron vert », me souffle Florent. « T’as essayé l’omelette aux poulpes ? » me dit Louis
Comment ????????
Florent m’offre un autre oursin, je ne dis pas non et perds le fil de l’omelette.
C’est l’heure de partir avec mes 15 couches de vêtements et un goût d’iode/noisette en bouche.
Bon vent et bonne pêche moussaillons.

Index

Pointu : barque de pêche traditionnelle de la mer méditerranée
Caler des filets : lester des filets et les enfoncer dans l’eau
Grappin : emmanchée d’une poignée de bois, la « grappe ou tige » (60cm à 1m) est formée à son bout d’une fourche en général à 3 dents, permettant de saisir les oursins dans les rochers sans se piquer les mains

Recette du pêcheur : l’omelette aux poulpes
Pour 2 personnes

Ingrédients
5 œufs
250gr de poulpes préalablement préparés par votre pêcheur préféré
2 cuillères à soupe de crème fraîche
Quelques brins de ciboulette
1 gousse d’ail
Sel, poivre

Couper les poulpes en petits morceaux de 2cm et réserver.
Eplucher l’ail et le couper à l’économe pour obtenir de fines tranches.
Ciseler la ciboulette et réserver.

Casser les œufs dans un saladier, incorporer la ciboulette ciselée, les 2 cuillères de crème fraîche, saler et poivrer. Battre énergiquement.

Faire fondre une grosse noix de beurre dans une poêle, y mettre l’ail et les morceaux de poulpe. Saler, poivrer. Faire revenir pendant 5 minutes le temps que les morceaux dorent.
Verser la préparation des œufs battus dans la poêle et faire revenir en omelette.

Servir aussitôt accompagné d’un mesclun avec une vinaigrette balsamique/huile de noisette.

Retrouvez toutes les photos des "Pêcheurs Maximois" de Gérard Tournebize dans la médiathèque.

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